lundi 14 juin 2010

Festival du Premier Roman de Chambéry (6)

Lors de la rencontre avec Estelle Nollet, il y avait un auteur étranger (eh oui encore un) : le belge François Weerts.


Journaliste belge établi à Waterloo, François Weerts, est né en 1960 à Addis-Abeba. Traducteur de textes non littéraires, du flamand au français.

1984, Bruxelles est en pleine mutation architecturale. Dans le quartier où des filles s'exposent en vitrine, Antoine Daillez vient d'hériter de L'Alexandrie, lieu de plaisirs dont les pintes de bière ne sont pas seules responsables. Mais drames et incidents se multiplient autour de ce bar qui semble susciter bien des convoitises. La vieille Mémé Tartine, locataire si gentille avec les travailleuses du quartier, est retrouvée assassinée. Des skinheads aux ordres d'un parti d'extrême droite flamand s'attaquent à l'établissement, à sa patronne et à l'une des filles. La sauvegarde de la morale n'est certainement pas leur motivation. Pas plus que la protection offerte par Monaco, le caïd du quartier, ne doit avoir pour but la défense du petit commerce...

Pour essayer de comprendre, Antoine doit fouiller la jeunesse de son grand-père, aidé par Martial Chaidron, inspecteur de la brigade des mœurs, et Piotr Bogdanovitch, historien de son état. Les secrets découverts datent du temps de l'Occupation, quand se jouait un jeu trouble, dont l'un des acteurs n'était pourtant qu'un homme ordinaire, avec ses raisons, ses faiblesses, ses failles - pas forcément politiques.

jeudi 10 juin 2010

Festival du Premier Roman de Chambéry (5)

Après la rencontre avec les auteurs francophones étrangers, il était temps de se restaurer. Mais dès 14 h la courses à la rencontre des auteurs s'est poursuivie avec Estelle Nollet et François Weerts. Ce billet va donc parler d'Estelle Nollet auteur de On ne boit pas les rats-kangourous.


Après un début de carrière comme publicitaire à Paris, Estelle Nollet quitte son port d'attache pour rejoindre les déserts d'Égypte et d'Australie. La jeune femme revient de ces terres arides avec un premier roman intitulé On ne boit pas les rats-kangourous. Passionnée de plongée sous-marine, Estelle Nollet a enseigné cette discipline dans les mers du monde entier, notamment sur la côte mexicaine.


Perdu au milieu d'un désert, tout à côté d'une décharge publique, il y a un semblant de village : quelques cabanes, un bar et une épicerie. Ceux qui y habitent sont coincés là depuis plus de 20 ans, sans possibilité de s'échapper. D'aucuns ont bien tenté de prendre la route, à l'entrée du village, mais dès qu'ils atteignaient le premier virage, ils se retrouvaient mystérieusement à leur point de départ. Quant aux montagnes qui entourent le hameau, elles sont impénétrables et n'offrent aucune issue vers le reste du monde. Den, l'épicier, doit bien en savoir un peu plus : après tout, il était là avant tout le monde et il reçoit régulièrement des livraisons... Mais Den est muet, Den ne vient jamais au bar...

Alors, tous ont fini par renoncer et ont accepté de vivre le reste de leur existence dans ce trou paumé. Les jours se suivent et se ressemblent désespérément, comme si le temps s'était arrêté; et les nuits offrent la promesse d'une ivresse dans le bar de Dan. Boire pour oublier où l'on est et qui on a été, boire pour s'inventer des histoires et de l'espoir. Cette situation semble convenir à tous, sauf à Willie, le narrateur. Willie a 25 ans. Contrairement aux autres habitants, il n'est pas arrivé un beau jour par la route, il n'a pas eu d'histoire avant d'atterrir là. Willie est né sur place, comme son meilleur ami Dig-Doug l'enfant lunaire qui n'a jamais grandi et qui creuse des trous. Et Willie veut comprendre pourquoi ils sont tous coincés là. Comme il est persuadé que l'explication de tout cela se cache dans le passé des habitants, il va les questionner un à un et réveiller les souvenirs douloureux.

mercredi 9 juin 2010

Festival du Premier Roman de chambéry (4)

Lors de la rencontre avec la québécoise Danielle Trussart, il y avait un autre auteur étranger : le belge Michel Wagner.


Né à Arlon en 1951, Michel Wagner est Flûtiste concertiste. Après une formation en philologie romane, traducteur de profession, passionné de musique, d'histoire, d'astrophysique et de philosophie, marié et père de deux garçons, Michel Wagner reste un passionné de musique. Son âme musicienne se retrouve dans son style littéraire "musical".

Dans son premier roman L'apparence de la mort, Michel Wagner se met dans la peau d'un "Poilu ressuscité" qui décrit sa vie antérieure. Un témoignage cru et poignant sur la laideur de l'époque et le massacre d'une génération sacrifiée. Mais aussi une réflexion sur notre rapport à l'autorité et à la mort.

Dans le groupe de lecteur "Premier roman" son roman est loin d'avoir fait l'unanimité, mais le rencontrer, était très intéressant.

vendredi 4 juin 2010

Festival du Premier Roman de Chambéry (3)

A peine la première rencontre terminée, il a fallu que le groupe se sépare, car deux rencontres intéressantes avaient lieu en même temps : Danielle Trussart / Michel Wagner et Tatiana Arfel / Lilian Robin. Je reviendrai dans mes prochains billets sur les deux derniers auteurs, car je les ai rencontrés le lendemain.
Pour aujourd'hui, je vais vous parler de Danielle Trussart, auteure d' Un train pour Samarcande.

Elle est née à Montréal, et vit maintenant à Baie-Saint-Paul (Québec) où elle partage le meilleur de son temps entre l'écriture et la peinture. Elle a publié quelques nouvelles, dont certaines ont été primées.

Un train pour Samarcande raconte l'histoire de Blanche, une vieille dame, qui prépare ses affaires en attendant le train qui l'emmènera de l'autre côté de l'existence.
Elle vit seule avec ses souvenirs depuis la mort accidentelle de son fils et de celle plus lente de son mari. Elle aime observer ses voisins, les fous du quartier et la nouvelle voisine, la femme aux pinceaux. Blanche tient un registre dans lequel elle catégorise les gens.

Et pourtant, elle sent l'imminence de sa mort alors elle se prépare, elle range ses affaires, vide les armoires et les étagères, elle ne fait plus la vaisselle ni le linge, elle jette après emploi. Mais Blanche rêve encore, parle à son mari, lui raconte ses souvenirs, cherche la route de Samarcande car elle a toujours aimé aller au bout des routes, recherche la compagnie rassurante de ses livres préférés (son préféré étant Au bonheur des dames de Zola). Blanche a toujours aimé l'art, la géographie et les pays lointains. Elle a une carte du monde épinglée sur le mur de son salon et la redessine lorsque les frontières changent ainsi que les noms. Elle rêve de prendre le train pour l'incomparable Samarcande et de visiter cette ville ocre et rose, admirer les coupoles bleues des mosquées, les minarets, les fontaines, les palais...

Malgré ce sujet assez triste, ce livre nous raconte la vie, la vie malgré tout et plus forte que tout. Blanche, quelque peu nostalgique et solitaire, vit ce moment naturellement et avec humour. Elle se prépare car la mort fait partie de la vie et autant ne pas être prise au dépourvu cette fois. Aussi, la mort a fait parti de sa vie avec la mort accidentelle de son fils et puis la lente disparition de son mari qui ne s'en est pas remis. Blanche a vécu avec ses morts et les a encore faits vivre avec elle. Blanche reste curieuse et à l'écoute des autres. Jusqu'au dernier moment, elle s'émerveille du quotidien.

jeudi 3 juin 2010

Festival du Premier Roman de Chambéry (2)

Lors de la première rencontre, avec Jean-Baptiste Destremau, il y avait Wahiba Khiari pour Nos silences. Auteure qui a particulièrement été appréciée par les lecteurs de Chassieu.

Wahiba Khiari est née à Alger en 1969. Après des études d'anglais, elle obtient le CAPES et enseigne dans un lycée proche de Constantine. En 1997, elle décide de quitter l'Algérie et s'installe en Tunisie. Elle s'inscrit dans un atelier d'écriture, devient responsable du rayon littérature d'une grande librairie de Tunis. Aujourd'hui mariée et maman de deux enfants, elle s'occupe de la communication de cette même librairie.

Le décor est l’Algérie de la décennie noire (les années 90). C'est l'Algérie des assassinats, des enlèvements, des viols et des attentats. Wahiba Khiari prend la parole et celle de toutes les autres pour raconter un vécu personnel. Le sien, elle qui a choisi l’exil (en Tunisie) et qui vit dans la culpabilité et le silence, et celui de toutes les autres bafouées à qui l’on a demandé de pardonner.
Deux voix s’élèvent dans ce roman où le réalisme l’emporte souvent sur la fiction. Deux voix de deux femmes aux destins différents se rencontrent dans la même douleur et la même conscience du drame.

Wahiba Khiari raconte les périples d’une jeune enseignante de langue anglaise dans un lycée. Ses confrontations avec l’endoctrinement des jeunes, l’obscurantisme des collègues et la lâcheté de l’administration.
Mais ce qui la fait frémir de douleur et nous émeut en tant que lecteur, c’est l’atrocité du vécu de l’autre, celle qui est restée, un vécu que l’auteur devine et imagine.
Wahiba Khiari écrit, à la première personne, incarnant son héroïne, vivant son sommeil jamais profond, le froid et l’humidité, et la vie rythmée aux bruits venus de l’extérieur.

Son écriture devient de plus en plus nerveuse, de plus en plus dense quand elle parle de l’enlèvement et de la vie au maquis, de son premier viol, du second et des autres...
La voix de Wahiba Khiari s’éteint petit à petit et cède de plus en plus la place à celle qui est restée.